Oculaires Houdini

En début d’année, Severin Bassin m’a proposé de tester des oculaires Houdini. J’ai immédiatement accepté. L’histoire de ces oculaires, ainsi que les performances annoncées m’enthousiasmaient et je voulais vraiment les tester sur le ciel depuis leur sortie.

Les oculaires sont un outil fondamental pour tout observateur astronomique. On les garde d’ailleurs souvent plus longtemps qu’un instrument.

Le concept

Les oculaires Houdini ont été conçus par l’astronome amateur français Robert Houdard. Il a testé les prototypes sur son télescope de 1.1m à f/3.6 de sa conception.

Sur le papier ce sont les oculaires idéaux pour un grand dobson ouvert: ils offrent 86° de champ apparent, un poids réduit et surtout un correcteur de coma intégré.

En se passant d’un correcteur de coma, on peut gagner du poids sur le train optique, et donc réduire les contraintes mécaniques sur le porte-oculaire. C’est d’autant plus vrai que le porte-à-faux est réduit. Si vous construisez vos télescopes, cet avantage a des répercussions en cascade. Un train optique plus léger permet de baisser le centre de gravité du télescope et donc de le rendre plus compact. Il évite aussi l’utilisation de contrepoids au bas du télescope.

Il y a aussi un gain notable en confort d’observation : Il n’y a plus besoin de changer le réglage du correcteur de coma à chaque changement d’oculaire. Finalement, il y a aussi un gain financier intéressant : En économisant le prix du correcteur de coma, on peut acheter un (ou plusieurs) oculaires.

Il faut toutefois noter que les oculaires Houdini ont été conçus pour des télescopes de Newton à miroir parabolique. Le constructeur indique qu’ils fonctionnent également bien avec des télescopes avec un rapport focal de f/6 ou plus lent (f/8, f/10, etc.) mais qu’ils ne sont pas recommandés pour des télescopes ouverts sans miroirs paraboliques, p.ex les réfracteurs à f/5, car les aberrations qu’ils présentent sont différentes.

Les oculaires

  • La gamme se compose, pour l’instant, d’un 20mm, un 12mm et un 7mm. Un 30mm (80°) est arrivé en juillet 2026 et le 9mm est disponible en pré-commande. Les oculaires sont fabriqués chez KUO (Kunming United Optics) à Taiwan.

J’ai eu l’occasion de tester le 20mm, 12mm et le 7mm. Les trois sont qualitatifs et bien finis. Ils sont usinés en CNC et anodisés en noir. Ils comportent des inscriptions indiquant la distance focale et le champ apparent, ainsi que la mention “FMC” (Fully Multicoated). Des colorées cyan/bleu viennent rehausser l'apparence générale de l'oculaire.

Les bandes moletées et les anneaux en caoutchouc offrent une prise en main confortable et sûre, même avec des gants, un détail appréciable lors des sorties hivernales.

Les bouchons indiquent la focale de l’oculaire. Les inscriptions sont annoncées comme phosphorescentes, ce que je n’ai pas remarqué à l’usage.

Le 20mm est proposé en coulant 2” (50.8mm). Il est composé de 8 lentilles en 6 groupes.

Les 12 et 7 sont quand à eux en 1.25” (31.75mm) avec une architecture à 9 lentilles en 7 et 6 groupes, repectivement. Les coulants des Houdinis sont rainurées pour éviter des chutes accidentelles.

Sur le papier et mécaniquement, ces oculaires en annoncent beaucoup. Qu’en est-il sur le terrain ?

En pratique

J’ai eu la chance d’utiliser ces oculaires pendant quelques mois et de les tester extensivement avec plusieurs instruments. J’ai principalement utilisé mon 350mm de voyage qui est ouvert à f/4.57.

  • J’ai aussi utilisé un coronado PST, un C8 ouvert à f/10 qui est mon instrument de prédilection pour l’observation solaire en lumière blanche, un C14 ouvert à f/11 et un 600mm à f/3.3 lors des Rencontres Astronomiques de Printemps.

    Le T350 avec le H12mm

Houdini 20mm

La bonnette a tendance à se séparer de l’oculaire trop facilement, ce qui peut être ennuyeux, surtout de nuit. Le constructeur a eu vent du problème et a mis à disposition une solution simple : Un anneau à imprimer, disponible ici : https://www.thingiverse.com/thing:7367096

  • J’ai commencé par tester le 20mm en observation solaire, avec mon C8. Le placement de l’oeil est facile et confortable.

    Le H20mm en observation solaire. La pincette permet de faciliter la mise au point.

Le Soleil tient dans le champ de l’oculaire avec assez peu de marge, confirmant les 86° de champ apparent annoncés. On voit un pourtour jaune sur les ~5° de l’extremité du champ. Ce comportement est classique des oculaires à très grand champ et est aussi vu dans des optiques plus “haut de gamme”. Le Soleil apparaît blanc, traduisant d’une bonne neutralité des couleurs de l’oculaire. La granulation est bien visible et l’image contrastée.

Ces impressions sont confirmées sur la Lune au C14. Elle ne tient plus entièrement dans le champ, mais tant la lumière cendrée que les détails de surface apparaissent nets et contrastés.

  • Observations avec le 600mm f/3.3.

    C’est au 600mm f/3.3 que cet oculaire montre tout son potentiel. La correction de coma est excellente; les étoiles sont piquées jusqu’au bord de champ. Je garde un très bon souvenir de M27, apparaissant bien verte.

Le placement de l’oeil est instinctif et le grand champ apparent complètement immersif. Le champ parait bien plan, le ciel ne se déformant pas en bougeant le télescope. Nous l’avons comparé à un oculaire de focale similaire au liseré vert muni d’un correcteur de coma sans remarquer de différence de piqué. La différence de poids, et de prix, est par contre notable.

Houdini 12mm

  • Le 12mm est, selon moi, le meilleur de la gamme. Le positionnement de l’oeil est facile et confortable. C’est celui que j’ai le plus utilisé au long de ce test.

    Le H12mm au T350

Au T350, l’image est très piquée, neutre, et transparente. L’oculaire ne montre pas de chromatisme. Les micro-contrastes sont bien rendus, comme en témoignent les observations détaillées de Jupiter que j’ai pu faire avec cet oculaire. Je l’ai beaucoup utilisé pour chercher les objets, et me suis souvent surpris à simplement me balader dans le ciel. C’est pourtant un oculaire très intéressant pour le ciel profond.

La vision de M51 est particulièrement saisissante. Les bras sont faciles en vision directe et le pont de matière visible en vision décalée. NGC 457 est bien cadrée dans le champ. La couleur des “yeux” du hibou est fidèle et les étoiles sont nettes jusqu’au bord.

Au C8, en solaire, le H12 offre un grossissement difficile à exploiter avec la turbulence diurne. Cependant, la satisfaction est au rendez-vous quand les conditions le permettent. La granulation est bien visible, mais ce sont surtout les détails dans les taches et la pénombre qui m’ont marqué.

J’ai aussi pu l’essayer sur mon PST, et ce avec des observateurs peu expérimentés. Si vous avez déjà utilisé cet instrument, vous savez qu’il est caractérisé par un placement d’oeil un peu capricieux suivant les oculaires. Cela n’a pas été un souci avec le H12mm. Tous les observateurs ont réussi à observer le Soleil sans problème.

Au 600mm f/3.3, le champ est exploitable jusqu’au bord. La vision de M104, la galaxie du sombrero, est un bon souvenir que je garde. La galaxie et sa bande de poussière se détachaient nettement. La plus belle vision avec ce télescope revient à l’amas globulaire M5 qui remplit confortablement le champ d’étoiles fines et piquées.

7mm

Le 7mm de la gamme m’a donné de bonnes, et une mauvaise surprise. Au T350, il brille en ciel profond. L’amas globulaire M13 remplit le champ et est complètement détaillé. Son Y paraît évident. L’image est nette et piquée. Le placement d’oeil est, encore une fois, confortable.

C’est un oculaire redoutable pour décortiquer les galaxies. Il semble plus transparent que son concurrent à liseré vert. Il m’a permis de déceler les bras spiraux de NGC3198 qui ne sont pas les plus faciles à observer.

Les images de Jupiter sont bonnes. L’image de la planète est belle et piquée, permettant de bien voir les structures des nuages ainsi que l’ombre d'Io.

J’ai eu la chance de bénéficier de conditions stables au C14 pour observer la Lune. Le contraste de Rupes Recta était très bon, mais un peu de chromatisme était visible. Je pense qu’il venait du télescope et non pas de l’oculaire. Toujours au C14, la nébuleuse de l’oeil de chat (NGC 6543) montre bien sa structure en double ballon de rugby et l’étoile centrale, ainsi que sa couleur verte.

Au 600mm f/3.3, c’est M57 qui m’a beaucoup plu. L’étoile centrale y est visible, ainsi qu’une autre étoile en avant-plan.

Verdict

J'ai testé les Houdini 20mm, 12mm et 7mm sur des instruments allant de f/3.3 à f/11, en solaire, en planétaire et en ciel profond. Dans toute cette plage, la correction de coma tient ses promesses : sur le 600mm à f/3.3, où l'effet est le plus exigeant, je n'ai remarqué aucune différence de piqué face à un oculaire à liseré vert équipé d'un correcteur de coma classique, pour une fraction du poids et sans jongler avec un réglage supplémentaire à chaque changement d'oculaire.

Le confort d'utilisation m'a le plus marqué avec le 12mm, en particulier lors d'une soirée au PST avec des observateurs peu expérimentés : malgré un placement d'œil habituellement capricieux sur cet instrument, tout le monde a pu observer le Soleil sans difficulté. C'est ce genre de détail qui compte vraiment quand on partage le ciel avec du public non averti.

Les oculaires Houdini sont excellents et très polyvalents. Leur rapport qualité/prix est quasiment imbattable. Leur champ apparent de 86° est très immersif et offre une vision nette et contrastée jusqu'au bord. Ils sont, à mes yeux, le choix le plus rationnel pour un amateur cherchant à construire une gamme d'oculaires en 2026. Leur confort d'utilisation et leur excellente qualité d'image leur vaudront certainement une place dans la valise de bien des observateurs.

La gamme va s'étoffer avec l'arrivée prévue d'une Barlow 2x, d'un 5.3mm et d'un 4mm. Des ajouts bienvenus pour la chasse aux nébuleuses planétaires et pour les observateurs du système solaire. Je me réjouis de voir ce que ces oculaires offriront.

Oculaires Houdini

About José

  • Je m’appelle José Rodrigues, et fais de l’astronomie depuis environ 20 ans. J’en ai fait mon métier par la recherche d’exoplanètes et l’astrophotographie, mais mon amour de toujours est l’observation visuelle et la fabrication de télescopes. Je ne rate pas une occasion de mettre l’oeil à l’oculaire.

    Vous pouvez me trouver sur instagram @joserodrigues.space ou à proximité d’un télescope.